Tout semble aller pour le mieux.
"Un album en boutique, un distributeur idoine, bientôt une raison sociale, pour le coup j'vais pouvoir m'afficher dans les soirées super classe, changer mon agenda pour un palm, me taper les bagouzes et le whisky 30 ans d'âge. J'vais peut-être même faire un tour chez Agnès B ou Heidi Slimane, me déguiser en petit connard branché, la coupe hype, exit la moquette, j'kiffe la frange à balayette. Tu crois que l'esthéticienne va pouvoir faire des miracles pour ma gueule éclatée au JB? Les cernes de pochards, ça part avec un bon gommage ? Faut que je commence par m' épiler le pif, les poils sur le tarins, c'est sympa pour les singes, marrant chez Disney, pas sur que ça le fasse au Popkomm, j'suis pas un mickey, j'suis le seul, l'unique, l'inénarrable égocentrique, l'enfoiré de première, le Grand Master, et ouais !"Connard m'aboie le patron du Balto, tu vas finir par fermer ta gueule, y a des gens qu'essayent de boire ici. Coup d'oeil en loucedé, tas de trognes d'ahuris qui me matent, déjà fatigué de mon cirque. Dans le miroir derrière le bar, j'mate le chimpanzé. M'a l'air excité l'animal. J'dis rien, j'pense enculé de bâtard, j'suis le grand master connard, version minuscule. J'obtempère sans moufter. Pas question de me griller dans mon troquet favori, j'suis déjà le clando de tous les bars de Paris. Les piliers m'ont oublié, trop occupé à surveiller leur verre, trop occupé à lutter contre l'évaporation, le réchauffement de la planète, le drame du pochetron.
Mickey s'amène, propose sa tournée, grande idée. Il semble vouloir supporter ma peine, c'est touchant. Tout semble aller pour le mieux, pourtant je flippe à mort, Grand Master de mes couilles, la supercherie va me péter à la tronche, c'est carré, je le vois d'ici. Ma trajectoire d'escroc bat de l'aile, au premier contact un peu sérieux, sur que j'explose en vol. Mickey s'en fout, tout ce qui l'intéresse c'est de poser ses lèvres sur un verre glacé, j'admire sa sagesse. J'commande un baby avec un demi, j'glisse le contenu du godet dans la bière. Ce soir, j'ai l'ivresse cinéphilique, j'ai vu ça dans un film de Buscemi. "Happy Hour" que ça s'appelle. Un bon programme.
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