Extension du domaine de la lutte II
J'ai jamais autant travaillé. Sur que j'mérite la médaille d'or, premier sur le podium, le bras levé à la Tommy Smith, le gant de cuir bien serré dans le poing. Ce week-end j'ai mis la dernière main aux différents contrats (artiste, manager, producteur, enculeur) demandé par le Russe. Sous prétexte qu'il détient plus de la moitié de notre petite co-propriété, il s'obstine à me traiter en larbin. Du coup, c'est bibi qui se cogne la paperasse.
Me vl'a obligé de jongler avec un jargon juridique passablement hermétique. Tout ça pour un résultat parfaitement clair, pas de but caché entre nous, Bo sera désormais intégralement lié à Pop Muzzak et ce pour une durée ne pouvant excéder la vie. On aurait obtenu le même résultat avec un gun et des photos de sa femme ligotée. Et plus rapidement. Le Russe a jugé mes méthodes obsolètes. Scandaleux de la part d'un type qui souhaitait baptiser notre petite entreprise "Lubianka Spirit" (sur que dans 6 mois, on voit ça sur des t-shirts). J'ai eu beau jouer sur le coté nostalgie, rien à faire, pas moyen de trouver la corde sensible, j'l'ai pas ramené et obtempéré sans broncher.
Me voilà donc réduit à pianoter, version blanchie d'un Thélonious Monk sous acide. Déjà 48h que j'ai pas vu le jour. J'cartonne à la vodka pur jus de patate, j'irai bien faire un tour m'aérer les muqueuses au troquet, mais pas moyen de bouger, le pied menotté à ma chaise boulonnée. Et le type qui m'fait face, genre top model de chez Kalach, doit être du genre à rigoler quand il se pince les couilles dans la braguette, de toute façon y pige pas le français. Le Russe m'fait bien marrer avec son goût de la modernité. Suffit de chatouiller l'animal, évoquer des souvenirs d'enfance, t'as pas le temps de mater le naturel qu'il se tient à coté de toi, un couteau entre les dents. Un simple coup d'oeil et t'as compris. T'attends pas le sourire sardonique, t'es pas dans un film, pas moyen d'compter sur Sylvester, tu t'installes et tu moulines.
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