VEGETABLE : le tournage du clip (part I)

Publié le par Olaf Boldeche

Dimanche matin, 7h30. je dévale les escaliers, j’avale la fin de mon petit-déjeuner, je suis presque à l’heure. j’ai récupéré tous les accessoires notés sur ma liste lors du briefing de la veille : bols, bougies, couteaux, cuillères, arrière-plan de cuisine, lampes, kit de nettoyage, tissus divers, boite à outils, deux gros sacs à dos en tout. J’ai été promu ASSISTANT-DECORATEUR. Le chef c’est Monsieur Dupont. Il me le fait savoir avant d’arriver au rez-de-chaussée en m’intimant l’ordre de venir le chercher. Il a bossé jusqu’à 3h la veille, il a donc eu du mal à émerger. Je lui dis qu’il aurait pu faire gaffe, que je dois aller chercher les lights chez Mister Roberts. Il coupe, c’est pas toi qu’a passé la nuit à coudre, à scier, à poncer, à peindre ces accessoires de merde, alors ramène toi fissa. J’obtempère sans plus discuter. Evidemment Monsieur Simonax est déjà en train de tourner en rond au pied de l’immeuble. Son frère Pat a l’air vachement plus débonnaire. Je pose le Dupont en lui laissant le soin de porter son barda et file chez Mister Roberts ; 5 minutes plus tard je découvre les KINO FLOW, petites merveilles néonesques prêtées par Piotr. Sympa le Piotr. Il a juste oublié de mentionner que la boîte de rangement mesure trois mètres et pèse cinq tonnes. On parque le tout dans la caisse, Mister Roberts embarque et nous voilà devant l’ascenseur. D’entrée de jeu nous flairons l’embrouille. Il est bloqué au niveau –3…et ne veut plus en bouger. Mister Roberts me regarde, je lis une certaine forme de déception dans les plis de son front. Le plateau de tournage se trouve quelque par au-dessus de nos têtes au dixième étage. Dix étages… En traînant notre boulet. Heureusement j’ai récemment lu un article portant sur l’usage des stéroïdes dans le base-ball. Vingt minutes plus tard il faut se rendre à l’évidence. Les produits dopants ne se transmettent pas via le papier journal. Monsieur Simonax se jette sur les Kinos, il bave de plaisir et manifeste sa joie en nous disant de nous magner, on a déjà une heure dans la vue. OK, le café attendra. On installe le premier décor de la première scène. Un matelas posé sur une dizaine de tabourets pour figurer un lit, un oreiller cousu la veille par Monsieur Dupont et une magnifique parure bi-tonale écru-bordeaux pour les draps. Facile. On installe deux pieds de part et d’autre du lit, reliés par une barre de trois mètres de long. Easy à mort. On fixe la caméra au-dessus du lit pour SHOOTER en plongée. L’ensemble pieds-caméra doit se déplacer en prenant une succession d’images fixes qui, travaillées avec After Effects, nous donnera un TRAVELLING bancal du plus bel effet. Trop simple. Après on attend. Longtemps. Ce sera le fil rouge de la journée. Je profite de cette première interruption pour vous présenter l’équipe. En premier lieu Monsieur Simonax, réalisateur. Ensuite Hugo, CADREUR et CHEF-OPERATEUR. Pat, son fidèle assistant. Mister Roberts en charge du lancement du play-back. Et donc Monsieur Dupont DECORATEUR et son esclave du moment, votre serviteur Olaf Boldeche. Bientôt les 2 premiers de la liste seront appelés " chef " et tous les autres répondront aux vocables " grouillot " ou " ma poule". Tous les autres dorment encore. Ils font bien. C’est parti pour durer.
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