Samedi : finalement c’est pas un type

Publié le par Olaf Boldeche

La nuit au Formule 1, je recommande à tous les neurasthéniques : enfin un monde à leur mesure. Evidemment j’ai mal dormi, je suis à côté de la plaque, la faute aux whiskys de la veille, la faute à Monsieur Dupont qui, fidèle à son habitude, tirait la couverture à lui, la faute à ce crachin qui hésite entre neige fondue et pluie glacée. Evidemment je suis d’une humeur de chien, j’erre le long d’une nationale déserte à la recherche d’un hypothétique petit-déjeuner, j’ai mal aux genoux et mon haleine de chacal me titille désagréablement les narines. Finalement je dégotte mon café-clope dans un troquet et je me réconcilie avec l’espèce humaine. Cette dernière se tient prudemment à l’écart et évite de me parler de trop près. Je m’arrache de ce repaire de paysans, tente de me convaincre que j’ai une vie formidable et rejoins la fine équipe. Surprise, ils sont tous levés prêts à tracer sur Orléans. Evidemment, on se perd en route, on tourne en rond trois plombes et on finit par se poser sur la grande place. Bo s’évertue à téléguider les autres, il fait ça avec sa discrétion coutumière, toute la rue en profite. Une vielle rombière finit par lui faire remarquer que le type à cheval c’est la statue de Jeanne d’Arc et on se fout de sa gueule. Lui, il ne rigole pas, il nous insulte en secret. On passe la journée à glander, on erre entre Célio et Foot Locker. Evidemment on finit par atterrir à la Fnac. C’est bien, ça nous ne change pas trop de Paname. J’espère qu’ils ont des Fnac aux States sinon on va grave se faire chier. Bo frime à mort, il y a sa photo sur la porte d’entrée et en couverture du programme des festivités, sa musique passe en boucle dans le magasin et on annonce tous les quarts d’heure que Bo sera en show case en fin d’après-midi. Vu qu’il commence à m’exaspérer, je mate un DVD de Métallica où l’on apprend qu’ils ont un coach chargé de gérer les tensions dans le groupe… C’est génial et en plus il a une gueule de connard. C’est enfin le début du show et évidemment Bo raconte n’importe quoi, donne du " enculé " à un type et du " salope " à une nana qui n’en demandait pas temps. Tout le monde se marre, on devrait se spécialiser dans les cercles masochistes. A la fin, les pervers en réclament une autre et Bo leur répond qu’il a pas que ça à foutre, qu’il a un interview à la radio et que s’ils en veulent plus, n’ils ont qu’à venir au Cat’s ce soir. Applaudissements. Notre héros se casse sous les bravos et nous voilà contraint de remballer tout le matos sans Monsieur la Star. J’ai pas signé pour faire roadie, alors je prétexte un rendez-vous avec un programmateur qui à adooôOré le set et je m’éclipse. Après une nouvelle course d’orientation, je rejoins les autres à la salle et on attend très longtemps que le public arrive. Entre Dictafone et la Bo Team c’est un concours de délires de zicos et je rigole à des vannes que je ne comprends pas. Dictafone entame le set, enchaîne morceaux de " Wrapped Up in a £5 Note " et nouvelles compos. La cinquantaine de personnes présentes remplit bien la salle et dodeline gaiement de la tête. L’ambiance est chaleureuse et bonne enfant, on passe un bon moment. Applaudissements. Evidemment Bo se charge de casser tout ça et on donne rapidement dans l’hystérie. Ca sonne sec et carré, ça avoine sur Frenchy et tout le monde adore Sha La La. Applaudissements. Je filme tout ça de guingois, j’arrive pas à faire le point et le grain est énorme. Une vrai vidéo underground. C’est parfait. On la mettra sur le DVD, catégorie " Vous pourrez dire que vous y étiez " comme le dit Bo à l’assemblée. Il ajoute qu’il faut absolument acheter son disque, il doit acheter une deuxième voiture. Tout le monde se marre sauf un type au bar qui trouve que Bo se la raconte à mort. Sa copine n’a pas l’air du même avis mais elle doit réserver ses opinions pour quelqu’un d’autre. Evidemment c’est bientôt le rappel, ce bon vieux Manumod, Bo éclate une bouteille, il en fout partout, on frôle l’électrocution collective. Applaudissements. J’installe ma table de vente, une nana m’achète 323 Zap Shangai Baseball et un type essaie de convaincre que c’est dommage que Dictafone chante en anglais. J’essaie de lui dire qu’après tout que pour un Londonien c’est pas si terrible mais cela ne semble pas l’émouvoir outre mesure. Je renonce à le persuader lorsqu’il me soutient avoir vu Bo en concert aux Sables d’Olonnes. On a jamais foutu les pieds là-bas, mais ça semble lui faire plaisir d’y croire, je ne suis pas un briseur de rêve, et j’assure que c’est un de leur meilleur souvenir. Evidemment il est content et me le fait savoir en me racontant sa vie de musicien débutant. J’adore. Au bout d’un moment tout le monde se tire, on a plus qu’à remballer, ça va vite, on commence à avoir l’habitude. On s’embrasse tous, on se donne rencart pour le concert de mercredi à la Scène Bastille et on s’installe au volant. Je ramène Bo et lepetitfakir. J’ai pas trop le choix, je suis le seul à ne pas avoir bu une goutte de la soirée. Applaudissements.
Publicité

Publié dans Concerts

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article